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Avis | La panne de Rogers au Canada devrait nous encourager à démanteler notre oligopole des télécommunications

La semaine dernière, une panne de télécommunications a laissé des millions de Canadiens sans accès à Internet et aux services cellulaires pendant des heures. C’était un rappel saisissant que le Canada doit révolutionner l’industrie et démanteler l’oligopole qui la dirige.

Vendredi, plus de 10 millions de clients de Rogers Communications se sont retrouvés sans services Internet et cellulaires lorsqu’une mise à jour de maintenance a échoué. Au moins deux jours plus tard, certains clients étaient toujours sans service, tandis que d’autres avaient un accès peu fiable. C’était la deuxième fois en 15 mois que le service de Rogers échouait.

La panne du système était plus qu’une simple perturbation des services de streaming ou des textos à des amis. L’infrastructure sociale, politique et économique du pays a été compromise. Les clients se sont retrouvés dans l’incapacité de travailler. Les membres de la famille ne pouvaient pas contacter leurs proches vulnérables. Les gens ont été coupés des services 911. Les systèmes de paiement n’étaient pas disponibles. La banque a été perturbée. Les services téléphoniques de l’Agence du revenu du Canada ont été interrompus. L’application ArriveCan, qui est nécessaire pour entrer dans le pays par voie aérienne, ne se chargeait pas. Et tout cela pendant une pandémie. La panne a été une catastrophe que seuls les plus privilégiés et fortunés pouvaient écarter comme un inconvénient passager.

Rogers a pris son temps pour communiquer la raison de la perturbation du système et rétablir le service. Samedi, le président et chef de la direction de Rogers, Tony Staffieri, a publié une déclaration indiquant que « nos services ont été rétablis et nos réseaux et systèmes sont presque entièrement opérationnels ». Mais les services n’avaient pas été entièrement rétablis, car certains subissaient encore des perturbations, de sorte que l’explication et les excuses laissaient beaucoup à désirer.

Staffieri a suggéré que le problème était “une défaillance du système réseau suite à une mise à jour de maintenance dans notre réseau central, qui a provoqué un dysfonctionnement de certains de nos routeurs tôt vendredi matin”. L’entreprise offre un crédit dérisoire de quelques dollars pour compenser les utilisateurs pour la perturbation – un crédit, automatiquement appliqué, pour le temps de la panne. “Nous vous avons laissé tomber hier”, a écrit Staffieri. Je dirai. Des excuses, un piètre crédit et la promesse de faire mieux à l’avenir ne suffisent pas.

Trois entreprises contrôlent 90 % du marché des télécommunications au Canada. Le ministre de l’Industrie, François-Philippe Champagne, a rencontré lundi les dirigeants de ces entreprises pour discuter de la panne de Rogers et de l’état de l’industrie. Il les a dirigés pour “améliorer la résilience et la fiabilité” des réseaux du pays “en veillant à ce qu’un accord formel soit en place dans les 60 jours”. Cet arrangement est censé inclure “des accords sur (i) l’itinérance d’urgence, (ii) l’assistance mutuelle pendant les pannes, et (iii) un protocole de communication pour mieux informer le public et les autorités lors des urgences de télécommunications”. Il a également noté que le Conseil de la radiodiffusion et des communications canadiennes (CRTC) enquêtera sur la panne. C’est très bien. Mais le Parlement devrait également lancer sa propre enquête. Le CRTC est capturé par l’industrie et on ne peut pas lui faire confiance.

La panne est survenue quelques jours seulement après que Rogers a eu des entretiens avec l’autorité antitrust du Canada pour discuter de ses plans pour une prise de contrôle de 15 milliards de dollars d’une autre société Internet, Shaw Communications. Il est maintenant clair que le Canada devrait interdire à Rogers de fusionner avec Shaw et de pousser davantage l’industrie vers le monopole. Il devrait également s’orienter vers la nationalisation des infrastructures de télécommunications et la création d’un fournisseur de services publics. SaskTel, qui est une société d’État appartenant au gouvernement de la Saskatchewan, pourrait servir de modèle. C’est fait. Cela peut être refait.

L’industrie canadienne des télécommunications est essentielle pour le pays, une composante essentielle des systèmes dans lesquels nous vivons nos vies. La panne de Rogers a démontré une fois de plus qu’il est imprudent et dangereux de laisser l’exploitation et la sécurité des télécommunications à une poignée d’entreprises – qui sont plus qu’heureuses d’utiliser le marché restreint pour escroquer les clients.

La panne de réseau n’est pas seulement un problème de consommation. C’est aussi une question de sécurité nationale. La panne de Rogers n’était pas une cyberattaque, mais elle aurait pu l’être. Un projet de loi devant le Parlement cherche à résoudre ce problème, donnant à l’État la capacité d’obliger les entreprises de télécommunications à se protéger contre les cyberattaques et à les signaler. Mais cela ne suffit pas. Si le risque est suffisamment sérieux pour justifier un tel projet de loi, il est suffisamment sérieux pour donner au gouvernement une raison d’exploiter et de sécuriser le réseau lui-même.

Aussi déconcertant qu’ait été l’échec de Rogers, il pourrait encore en résulter du bon. Peut-être que les gens en ont finalement assez d’être utilisés et abusés par une poignée d’entreprises irresponsables dans une industrie sur laquelle tout le monde compte. Peut-être verrons-nous un changement dans notre façon de penser les services de télécommunications – et ce que nous faisons pour les faire fonctionner pour nous.

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