Avis | Le président lituanien Gitanas Nauseda : il est temps de rendre l’OTAN encore plus forte

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Gitanas Nauseda est le président de la Lituanie.

“Plus jamais ça” était le serment le plus largement prêté après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, depuis plus de 100 jours maintenant, la guerre d’agression brutale de la Russie fait rage en Ukraine. La guerre a fondamentalement remis en question l’architecture de sécurité de l’Occident. La réponse initiale de l’OTAN a été admirable. Mais maintenant, nous devons aller plus loin – en apportant les ajustements nécessaires de toute urgence à l’alliance et à sa structure. L’OTAN doit s’adapter à un environnement de sécurité radicalement modifié.

La Russie défie publiquement l’Occident depuis au moins 15 ans. Il a tenté de prendre le dessus par des actions agressives, d’abord en Géorgie en 2008, puis en Crimée ukrainienne et dans le Donbass en 2014. Malgré tout cela, certains pays occidentaux ont poursuivi leurs activités habituelles avec Moscou, certains élargissant même leur coopération. Pendant des décennies, l’Occident n’a pas compris ce qu’est le régime du président russe Vladimir Poutine, à savoir l’expansionnisme, le révisionnisme, la violence, la domination par la peur et la coercition. La Russie n’est pas intéressée par la création ou la coopération, mais plutôt par la destruction et le règne par la force.

Le 24 février 2022, c’est le jour où les verres teintés de rose sont tombés. Aujourd’hui, les pays occidentaux ont imposé des sanctions sévères à la Russie et livrent des armes lourdes à l’Ukraine. L’Europe a commencé à se diriger vers l’indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. Il peut sembler que beaucoup a été fait, mais cela ne suffit pas pour arrêter la guerre en Ukraine. Et faisons-nous vraiment assez pour empêcher Poutine de poursuivre son agression ailleurs ?

Le moment est venu de comprendre que la Russie ne peut être arrêtée par la persuasion, la coopération, l’apaisement ou les concessions. La Russie considère ces gestes comme un signe de faiblesse, comme une permission d’étendre et d’intensifier son attaque. Lorsque Poutine entend les dirigeants occidentaux parler de la nécessité de négocier, la nécessité pour un cessez-le-feu, la nécessité d’éviter « d’humilier » la Russie, ne l’encouragent qu’à augmenter son pari de conquête mondiale. Récemment, Poutine s’est même comparé à Pierre le Grand et a ouvertement déclaré sa détermination à reprendre les terres précédemment occupées par l’Empire russe. Une telle rhétorique démontre clairement son mépris pour l’un des piliers les plus fondamentaux de l’ordre international fondé sur des règles : les principes de souveraineté et d’intégrité territoriale.

Poutine est clair dans son désir de renverser les valeurs occidentales, de couper les liens entre l’Amérique du Nord et l’Europe et de soumettre l’Europe à la volonté de la Russie. Il sait qu’il peut atteindre ces objectifs en affrontant l’OTAN. Nous pouvons empêcher que cela ne se produise en veillant à ce que la communauté transatlantique dispose d’un plan de défense clair. Nous sommes à un moment crucial de l’histoire, celui où nous devons faire preuve de décision et de détermination. Le sommet de l’OTAN qui doit débuter le 29 juin à Madrid sera notre chance de le faire.

Premièrement, nous devons clairement définir la Russie comme une menace explicite à long terme pour l’ensemble de la zone euro-atlantique. Les politiques de l’OTAN doivent être ajustées en conséquence. Il n’y a pas de place pour l’hésitation passive et l’apaisement.

Deuxièmement, nous devons renforcer nos défenses. Nous ne pouvons plus placer notre confiance dans la politique de renforcement provisoire. Nous devons nous assurer que l’OTAN n’a pas de faiblesses. Il est crucial qu’aucun adversaire potentiel ne soit tenté d’attaquer l’alliance. Les trois États baltes sont déjà en première ligne si Poutine décide de tester les frontières, la force et l’engagement de l’OTAN. Dans cette situation, il n’y a pas d’autre alternative crédible pour l’OTAN que d’investir davantage dans la défense des pays baltes. Nous devons passer rapidement à une défense avancée moderne en rehaussant la présence avancée renforcée de l’OTAN à l’échelle d’un bataillon au niveau d’une brigade et en renforçant les capacités régionales de défense aérienne. Cela enverrait le signal le plus fort jamais envoyé à la Russie qu’elle ne sera pas autorisée à définir les paramètres de la sécurité du flanc oriental de l’OTAN. Ne pas le faire entraînerait d’autres problèmes.

Troisièmement, nous devons nous assurer que l’Ukraine gagne. Nous devons fournir toutes les formes de soutien à l’Ukraine, y compris (et surtout) des armes lourdes, rapidement et en quantités importantes. Le temps et les chiffres comptent dans cette guerre. Nous devons comprendre que chaque centimètre de territoire ukrainien occupé par les forces de Poutine rapproche la terreur russe de notre porte. Nous devons comprendre que cette guerre concerne le monde dans lequel nous et nos enfants allons vivre. Les valeurs ne peuvent pas se défendre. S’ils ne sont pas défendus, ils périront et la démocratie sera remplacée par l’autoritarisme. Nous devons choisir entre succomber ou défendre nos valeurs. Nous devons choisir l’Ukraine.

Et enfin, la « politique de la porte ouverte » de l’OTAN doit être officiellement maintenue comme l’outil le plus efficace pour étendre la sécurité et apporter la paix à des millions d’Européens. Nous devrions accueillir de tout cœur la Suède et la Finlande dans l’alliance. Cette décision aura un impact positif de grande envergure sur la région de la Baltique et sur l’OTAN dans son ensemble.

Pour être vraiment sûre et stable, l’Europe doit être entière et libre, unie dans la paix, la démocratie et la prospérité. Pour que cet avenir devienne une réalité, le succès de l’OTAN en tant que colonne vertébrale de la défense collective couvrant l’ensemble de l’espace transatlantique est crucial.

Cela signifie aussi que l’alliance devra se réinventer. Ce n’est qu’en étant plus proactif, en investissant davantage dans notre sécurité indivisible et en rendant plus difficile aux adversaires de semer la pagaille que nous pourrons espérer parvenir au retour d’une paix durable en Europe.

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