Cannes 2022 Femmes Réalisatrices : Rencontrez Romane Gueret & Lise Akoka – « Les Pires » (« Les Pires »)

Romane Gueret a étudié le cinéma à la Sorbonne et fait ses premiers pas vers la réalisation en tant qu’assistante à la réalisation, assistante de casting et caméraman. Comédienne de formation, Lise Akoka a découvert, dans la pratique du casting et de l’encadrement d’enfants pour le cinéma, une manière de fédérer ses intérêts. En 2014, ils se sont rencontrés lors du casting d’un long métrage, pour lequel ils ont auditionné plus de 4 000 jeunes comédiens non professionnels pendant plusieurs mois.

Gueret et Akoka ont réalisé en 2015 le court métrage “Chasse Royale” qui a remporté le Illy à la Quinzaine des Réalisateurs et nommé aux César. En 2018, ils co-réalisent le documentaire « Allez garçon ! pour la Collection Loisirs, diffusée sur Canal+. Leur websérie « Tu préfères » est sortie sur Arte Créative et sélectionnée à Sundance 2021. « Les Pires » est leur premier long métrage.

Les pires » (« Les Pires ») est projeté au Festival de Cannes 2022, qui se déroule du 17 au 28 mai.

W&H : Décrivez-nous le film avec vos propres mots.

RG&LA : « The Worst Ones » est l’histoire d’une rencontre. Celle de deux mondes presque opposés. Le monde du cinéma, incarné par une équipe de tournage parisienne, et le monde des enfants d’un quartier défavorisé de Boulogne-sur-Mer. Un univers de création plutôt élitiste, idéaliste, face à un univers populaire moins poli, plus authentique aussi, en quelque sorte. Leur rencontre a lieu lors du tournage d’un film, “To Piss Against the Northwind”.

“The Worst Ones” est l’histoire du tournage de ce film.

W&H : Qu’est-ce qui vous a attiré dans cette histoire ?

RG&LA : « The Worst Ones » est en quelque sorte la suite de « Chasse Royale », notre premier court-métrage, à la différence que notre court-métrage se concentre sur le moment du casting, tandis que notre long-métrage raconte le tournage qui a suivi. Nous sommes tous les deux entrés dans l’industrie cinématographique par le biais de castings sauvages, travaillant sur des films en tant que directeurs de casting et entraîneurs d’enfants, avant de faire “Chasse Royale”, qui s’inspire de nos expériences. Pour préparer « Les pires », nous sommes retournés dans ce quartier de la ville de Valenciennes — dont le court-métrage porte le nom — qui nous avait tant inspirés, avec l’envie de continuer à faire dialoguer deux mondes apparemment s’opposent a priori : celle d’un quartier populaire et celle du cinéma. Mais à la base de ces deux films, il y a surtout notre passion commune pour le monde de l’enfance abîmée, qui fait écho à des préoccupations intimes pour chacun de nous.

W&H : À quoi voulez-vous que les gens pensent après avoir vu le film ?

RG&AL : On espère que “The Worst Ones” pourra devenir les élus, les héros, et on le comprend comme un bel hommage à tous ces enfants abîmés par la vie. Quels que soient leurs origines et leur niveau d’éducation, leur don inné transcende la logique de classe. Certains enfants sont des artistes qui s’ignorent, même si leur chance de s’exprimer est plus rare dans certains milieux. “The Worst Ones” porte l’espoir d’une possible rencontre à cet endroit du cinéma entre des mondes que rien ne prédestine à se rencontrer.

W&H : Quel a été le plus grand défi dans la réalisation du film ?

RG&LA : Le plus gros défi est au cœur de ce dont parle le film mais aussi de sa production : le casting sauvage, c’est-à-dire le casting d’acteurs non professionnels. C’est un film choral porté par de jeunes comédiens non professionnels, qui ont besoin d’être soutenus, encadrés et coachés en permanence.

Mais, de cette difficulté, la beauté et la grâce sont nées.

W&H : Comment avez-vous financé votre film ? Partagez quelques idées sur la façon dont vous avez réalisé le film.

RG&AL : C’est un entre-deux. En effet, nous avons bénéficié du soutien des chaînes de télévision françaises (France 3, Canal+, Ciné+), du CNC, la région dans laquelle nous avons tourné, ainsi que de notre distributeur Pyramide, qui gère également les ventes internationales.

W&H : Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir cinéaste ?

LA : Quand j’étais plus jeune, j’étais fascinée par les films avec des enfants. Je n’ai vu que ça. A cette époque, je voulais surtout être à leur place. Plus tard, je suis allé à l’école de théâtre, et en parallèle, j’ai étudié la psychologie avec l’envie de travailler avec de jeunes enfants. Ma vocation de réalisatrice est à la croisée de ces centres d’intérêt. Raconter des histoires sur l’enfance, surtout quand elle est blessée d’une manière ou d’une autre, est mon premier moteur dans mon désir de faire des films.

RG : J’ai eu du mal à l’école et le regard des adultes, de l’école et des autres était douloureux. Je pense qu’au début je voulais me prouver que j’étais capable de faire quelque chose et je l’ai ressenti pour la première fois en écrivant, en photographiant, en faisant des petits clips. Je sentais que le cinéma pouvait peut-être me permettre de m’exprimer plus librement, sans rentrer dans des cases prédéfinies. Il y a six ans, après plusieurs expériences dans la réalisation, je me suis retrouvé au casting d’un long métrage, où j’ai rencontré Lise. Le résultat a été notre premier court métrage, qui a confirmé mon désir viscéral de faire des films.

W&H : Quel est le meilleur et le pire conseil que vous ayez reçu ?

LA : Meilleur conseil : Ne perdez jamais de vue ce que vous voulez dire, c’est tout ce qui compte, ce que dit le film ; le reste, l’environnement, n’a pas d’importance.

Pire conseil : Souvent des formules toutes faites qui véhiculent des valeurs douteuses comme « on ne peut compter que sur soi-même ».

RG : Le meilleur conseil : j’ai récemment entendu le pianiste Michel Pettrucciani dire qu’il avait appris à être le pianiste qu’il était en jouant comme les gens qu’il aimait. Que c’est en imitant ceux qui nous fascinent que nous développons nécessairement notre propre personnalité. J’ai trouvé cela très juste.

Le pire : Ma sœur de six ans, qui m’a dit : « Tu n’es pas assez patiente, tu ne seras jamais une Jedi. Au final, c’était peut-être un bon conseil !

W&H : Quels conseils avez-vous pour les autres réalisatrices ?

RG&LA : Suivez votre instinct, entourez-vous professionnellement de personnes que vous admirez et n’abandonnez pas quand on vous dit que ce n’est pas possible. La moitié du temps c’est faux.

W&H : Nommez votre film préféré réalisé par une femme et pourquoi.

RG&LA : Nous aimons tous les deux beaucoup le travail d’Andrea Arnold. Pour son cinéma réaliste et social, qui voyage entre les rêves et les désillusions de jeunes personnages féminins rebelles et flamboyants.

W&H : Comment vous adaptez-vous à la vie pendant la pandémie de COVID-19 ? Êtes-vous créatif, et si oui, comment ?

RG&LA : Dans cette période difficile, nous avons eu beaucoup de chance, rien n’a été mis en attente pour nous. Nous venions tout juste de terminer notre série « Voulez-vous plutôt » et commencions à chercher des financements pour le long métrage. C’était presque un moment de calme avant la tempête où nous avons pu rêver au film, préparer nos présentations orales pour le défendre au mieux face à différents interlocuteurs. Nous avons évité tous les obstacles et nous nous sommes sentis très chanceux.

W&H : L’industrie cinématographique a une longue histoire de sous-représentation des personnes de couleur à l’écran et dans les coulisses et de renforcement – et de création – de stéréotypes négatifs. Selon vous, quelles mesures doivent être prises pour le rendre plus inclusif ?

RG&LA : De ce manque de représentativité découle un décalage avec le public et ses attentes. A notre petite échelle, en réalisant des films sur les jeunes des quartiers qui souffrent souvent de ce problème de sous-représentation, nous voudrions sortir ce public particulier du carcan dont il peine à sortir, afin de construire des histoires qui leur ressemblent vraiment.

Traiter avec ces jeunes, ce n’est pas simplement les observer « à travers une fenêtre ».

Ce qui nous importe quand on fait un film, c’est que les jeunes que l’on éclaire ne soient pas réduits à leur statut de « jeunes des quartiers difficiles ». Ce sont avant tout des personnages adolescents contemporains, drôles, bavards et sensibles.


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