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Ce que la victoire de Legault pourrait signifier pour l’avenir du Canada : Mulcair

François Legault a peut-être changé sa stratégie séparatiste mais il n’a pas changé ses galons.

Lundi, comme prévu, Legault a remporté une victoire facile. Maintenant qu’il est bien installé dans son rôle de premier ministre pour les quatre prochaines années, il vaut la peine de faire le point sur l’intolérance flagrante qui a alimenté sa campagne et ce que cela pourrait signifier pour l’avenir du Canada.

Dans les derniers jours de la campagne, alors que les chiffres de Legault avaient commencé à diminuer, Radio-Canada a décidé de diffuser un reportage alarmiste sur les dangers pour les francophones d’apprendre l’anglais. Il mettait en vedette un professeur de mathématiques à la retraite qui défendait des théories similaires depuis les années 1980. Malgré le fait qu’il ne soit pas démographe, il a été autorisé à présenter ses idées sur le périlleux déclin du français sans être contestées par les experts du domaine. Le résultat a été un rapport biaisé, dépourvu de tout contrepoids journalistique.

Par exemple avec une musique d’ambiance lugubre on nous présente une maman (et ancienne candidate séparatiste) qui s’inquiète de l’usage de l’anglais sur les enseignes des magasins et qui raconte que sa fille a choisi d’aller dans une université anglaise !

En tweetant le rapport, la présentatrice respectée Céline Galipeau pose la question chargée : ” Que proposent les différents partis pour faire face au ‘déclin du français’ “, présentant cette dernière affirmation comme un fait incontesté, malgré l’existence d’analyses et de données à la contraire.

En tant que professeur Sheila Das a écrit dans un brillant article d’opinion plus tôt cette année : “Malgré les peurs surfaites au Québec, l’anglais n’entre pas dans le cerveau comme un parasite mangeur de langage et n’efface pas les langues maternelles.”

Au cours de la campagne, Legault a associé les immigrants à la violence et à l’extrémisme et à « la chicane », un mot français québécois signifiant « querelle ». Il a présenté des excuses conditionnelles en demi-teinte, puis a quand même continué dans la même voie, affirmant que les personnes qui ne parlaient pas déjà français à leur arrivée menaçaient la cohésion sociale du Québec et ont même remué la marmite avec une importante communauté des Premières Nations (celle-là, il l’a fait s’excuser pour)…

Les chiffres de Legault étaient assez bons pour une majorité solide grâce à une répartition parfaite entre les partis d’opposition, mais il ne semblait pas se diriger vers la super majorité pour laquelle il avait plaidé au début de la campagne.

Puis, le mercredi avant le vote, lors d’un événement de la Chambre de commerce à Montréal, Legault a lancé une référence en boucle à l’augmentation de l’immigration comme étant « suicidaire ».

Cette déclaration exaspérante venait de faire la une des journaux lorsqu’une affirmation encore plus flagrante (et absolument fausse) de son ministre de l’Immigration, Jean Boulet, a fait surface de nulle part. Cette déclaration était si scandaleuse qu’elle a rapidement submergé la référence «suicidaire» de Legault. Boulet l’avait fait la semaine précédente, lors d’un débat électoral régional chez lui dans la région de Trois-Rivières. Tous les services d’information ont publié la déclaration de Boulet, mais vous chercherez en vain pour découvrir comment elle a soudainement été diffusée une semaine après avoir été prononcée.

TEMPÊTE POLITIQUE À CINQ ALARMES

L’affirmation de Boulet selon laquelle « 80 % des immigrants vont à Montréal, ne travaillent pas, ne parlent pas français ou n’adhèrent pas aux valeurs de la société québécoise » était aussi scandaleuse et blessante que fausse.

Cela a déclenché une tempête politique de cinq alarmes qui a été gagnant-gagnant pour Legault.

Il était décroché pour le moindre mal désormais de son commentaire “suicidaire” et il a profité du fait que son ministre a dit des choses qui ont joué sur les préjugés et les craintes de nombreux électeurs.

Legault a déclaré que Boulet ne serait plus son ministre de l’Immigration après les élections, mais a également précisé qu’il pouvait le laisser réintégrer le cabinet.

Le soir des élections, deux choses s’étaient produites : les chiffres de Legault avaient remonté et son rival de droite, le chef conservateur Éric Duhaime, avait vu son propre soutien s’aplatir. Il avait été surpassé sur ce front et s’était retrouvé avec zéro siège.

La chef libérale Dominique Anglade a vu plusieurs de ses partisans traditionnels, qui flirtaient avec les partis des «droits anglo-saxons», revenir au bercail. Cela a aidé à affiner sa solide fin de partie en plus de sièges que les trois autres partis d’opposition réunis.

Les craintes de la « louisianisation » du français au Québec sont très largement partagées et Legault a utilisé le terme lors du congrès de son parti pendant la période précédant la campagne. Il évoque une époque où le français deviendrait folklorique au Québec.

À l’époque des rondes constitutionnelles du lac Meech et de Charlottetown, même Brian Mulroney s’était prêté au jeu et avait réussi à évoquer la Louisiane et les banjos (!) dans ses arguments en faveur de ses propositions.

Dès la campagne précédente en 2018, Legault a plaidé pour la nécessité pour le Québec de contrôler la catégorie « regroupement familial » des immigrants. Dans peu de temps, il mènera le combat sur cette question à Ottawa.

Legault est un compteur de haricots, il sait que son refus de faire venir le nombre d’immigrants demandé par les employeurs québécois aura des conséquences.

Sur le plan économique, les entreprises québécoises resteront aux prises avec une grave pénurie de main-d’œuvre qui ralentit la croissance.

Sur le plan politique, il est inévitable que le nombre de sièges du Québec à la Chambre des communes diminue à mesure que sa proportion de la population canadienne totale diminue.

Legault a également une réponse à cette question. Il veut avoir son gâteau et le manger. Après avoir créé une situation où le poids démographique du Québec a diminué, il dit maintenant qu’il ne peut pas croire qu’il n’y ait pas moyen de garantir au Québec un certain niveau de représentation à la Chambre des communes. Cela nous ramène à l’Accord de Charlottetown et à l’idée, en échange de la réforme du Sénat, que le Québec se verrait garantir 25 % des sièges à la Chambre, à perpétuité, quel que soit son pourcentage réel de la population canadienne.

Une autre « chicane » avec Ottawa à l’horizon…

Legault n’a jamais complètement abandonné l’objectif de l’indépendance du Québec pour lequel il s’est battu si fort tout au long de son mandat de ministre du Parti québécois. Au cours de cette campagne, il a esquivé les questions de savoir s’il voterait ou non “oui” lors d’un référendum sur la séparation. Legault est simplement devenu plus intelligent dans la poursuite de cet objectif. Tout remonte à une interview révélatrice qu’il a donnée avant la campagne 2018.

Il y explique qu’atteindre l’indépendance en une seule grande soirée n’a pas fonctionné. Il poursuit en établissant une feuille de route «pour y arriver» qui comprend des demandes et des modifications aux lois linguistiques, à la compétence culturelle et… à la catégorie d’immigration du regroupement familial.

Lorsque Legault viendra avec ces demandes, les Canadiens apprendront rapidement la faiblesse du gouvernement fédéral actuel face à ces questions complexes.

Legault a déjà déposé une loi (projet de loi 96) pour restreindre l’égalité de l’anglais devant les tribunaux du Québec. Legault dit qu’il est autorisé à modifier unilatéralement l’AANB pour supprimer les droits linguistiques. Malgré le fait que la constitution de 1982 exige clairement une résolution de chaque chambre du Parlement dans un tel cas, Trudeau et son inefficace ministre de la Justice, David Lametti, ont refusé de lever le petit doigt pour défendre la constitution canadienne.

Il en va de même pour les droits des minorités religieuses qui ont été attaqués avec le projet de loi 21. C’est la loi qui a vu une jeune femme musulmane de l’ouest du Québec perdre son emploi d’enseignante à cause de son foulard. Encore une fois, Trudeau a refusé de s’en prendre à Legault et la contestation judiciaire de cette loi discriminatoire est menée par des groupes communautaires et des individus dans un processus lent et difficile parce que Trudeau refuse de faire ce que lui seul a le pouvoir de faire : renvoyer la question directement à La Court Suprême.

Non content de ne pas faire de mal, Trudeau a son propre projet de loi linguistique (projet de loi C-13) qui pourrait en fait rendre plus difficile pour les anglophones du Québec de maintenir leur droit garanti par la Constitution de contrôler et de gérer leurs propres commissions scolaires de langue minoritaire. Ces commissions scolaires anglophones ont été attaquées par Legault avec une troisième loi, le projet de loi 40.

Si cela ressemble à beaucoup d’attaques contre les droits des minorités, c’est parce que ça l’est, mais Legault continue de tourner en rond autour de Trudeau et de Lametti. Comparativement aux personnalités imposantes du passé qui ont réussi à s’attaquer à ces questions existentielles, il semble maintenant qu’il n’y ait plus de gouvernail à la barre de notre navire d’État en ce qui concerne la constitution et l’égalité des droits pour tous les Canadiens d’un océan à l’autre. côte.

Maintenant, plus que jamais, l’avenir de ce pays exceptionnel qui est le nôtre sera en jeu s’il n’y a personne à Ottawa capable d’articuler une vision inclusive du Canada qui adopte les vues étroites d’esprit de Legault. Ce ne sera pas fait par référendum en « un grand soir », c’est fait petit à petit par quelqu’un avec un plan qui fait face à un gouvernement sans aucune idée.


Tom Mulcair a été le chef du Nouveau Parti démocratique du Canada fédéral entre 2012 et 2017

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