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« Cette photographie grave a capturé la sombre réalité » : Tragédie et espoir en une seule image

Mon amie et collègue Amber Bracken a obtenu l’une des plus hautes distinctions du monde de la photographie pour son travail de photojournaliste. Elle est la gagnante mondiale du World Press Photo 2022 pour une superbe photo qu’elle a prise près de Kamloops, en Colombie-Britannique, l’été dernier.

La photo discordante présente des robes rouges suspendues à des croix en bois, contre un horizon orageux avec le soleil doré brillant sur les croix et un arc-en-ciel au loin. Elle était là après la découverte terrifiante des tombes de 215 enfants autochtones non identifiés qui fréquentaient le pensionnat indien de Kamloops. L’école, créée en 1890, est devenue la plus grande du système et a été fréquentée par des centaines d’enfants Secwépemc et d’autres Premières Nations.

Amber a pris cette image alors qu’elle était en mission pour le New York Times, battant 64 823 photographies et entrées en format ouvert de 4 066 photographes de 130 pays au concours World Press Photo.

Elle et moi étions à Rome la semaine dernière – couvrant la réunion des délégués autochtones avec le pape François concernant l’héritage brutal des pensionnats indiens au Canada – lorsqu’elle m’a dit qu’elle avait reçu des nouvelles de sa victoire. Mais elle n’était pas tellement préoccupée par l’attention qu’elle en retirerait ; elle était très enthousiasmée par l’exposition mondiale que la victoire apporterait au génocide des enfants autochtones. Parce que ces crimes contre l’humanité ont à peine fait l’actualité mondiale, cette victoire est énorme. La World Press Photo Exhibition 2022 sera présentée en première à De Nieuwe Kerk à Amsterdam le 15 avril avant de commencer sa tournée. L’exposition 2021 a été présentée dans 66 lieux dans 29 pays.

Amber est humble et profondément passionnée par son travail de photographe documentaire. Au cours des dernières années, nous avons voyagé ensemble sur diverses histoires internationales, en mission pour des points de vente tels que National Geographic et Al Jazeera English. Je lui ai toujours demandé spécifiquement de travailler avec elle en raison de sa remarquable capacité à capturer des moments francs et puissants de manière authentique et respectueuse. Amber, pour moi, est un portrait de réconciliation. Elle se surpasse pour écouter, apprendre, défendre et représenter les peuples autochtones avec sincérité et éloquence.

Vous voyez, la réconciliation est aussi nécessaire dans les médias. Souvent, les médias se trompent sur nos histoires ou dépeignent notre peuple sous un jour négatif ou stéréotypé. Ce travail est dur. Vous devez voyager au-delà des gros titres et dans les cœurs parfois fermés des communautés où beaucoup de mal a été fait par la société coloniale. Ambre l’a fait. Elle s’intéresse véritablement aux peuples autochtones, à la culture et à la création de changements pour notre mieux-être.

Son engagement est féroce. En novembre dernier, elle a été arrêtée avec Michael Toledo alors qu’elle était intégrée avec des défenseurs de la terre luttant contre le pipeline Coastal GasLink dans les territoires Wet’suwet’en. Elle a été jetée en prison pendant quatre jours. Lorsqu’elle a été libérée, j’ai couru jusqu’au bureau de son avocat à Prince George, en Colombie-Britannique, pour l’embrasser. J’ai pleuré sur son épaule, reconnaissant qu’elle allait bien; c’était ironique comment elle s’assurait que j’allais bien. Elle éditait des photos sur son ordinateur portable, déterminée à rattraper ses délais. Elle est aussi une battante. Amber s’exprime sur le respect de la liberté de la presse et reste ferme dans la connaissance de ses droits, tenant le pouvoir responsable et documentant sans crainte les événements d’intérêt public.

Amber comprend le traumatisme lié à la couverture d’histoires autochtones et d’innombrables fois, elle m’a réconfortée au travail. Être autochtone et rendre compte de l’oppression de mon peuple est une tâche émotionnelle, spirituelle et physique. Parfois, je fais de graves cauchemars et je me réveille en criant ou en ayant peur dans notre chambre d’hôtel. Lorsque nous sommes en mission loin de chez nous, la douce voix d’assurance d’Amber aide à calmer mon cœur qui s’emballe lorsque dans les griffes d’une histoire impliquant la violence, le meurtre ou les survivants des camps de concentration que les enfants autochtones ont été forcés d’assister. Elle m’écoute quand je suis désemparé ou que je sanglote à cause du stress, comme elle le faisait quand nous étions à Rome.

C’est ainsi qu’elle traite également ceux avec qui elle se connecte en photographiant. Les gens sont attirés par elle parce qu’ils sentent que son cœur est bon et réel. Avoir ce don pour créer un rapport naturel l’aide à capturer certaines des photographies les plus phénoménales que j’ai jamais vues. Je suis extrêmement reconnaissant de la connaître et de travailler à ses côtés dans ce voyage de réconciliation.

La chef de Tk’emlúps te Secwépemc, Rosanne Casimir, résume bien la photo gagnante d’Amber :

« Ce mémorial a donné vie aux esprits instables des enfants qui ont besoin d’une cérémonie et d’un enterrement appropriés. L’image a capturé l’essence de notre véritable histoire collective. Symbolisait les enfants qui ne rentraient pas à la maison. A sensibilisé au génocide dont parlaient les survivants des pensionnats. Cette photographie grave a capturé la sombre réalité qu’ILS ÉTAIENT DES ENFANTS. Félicitations au photographe pour avoir capturé et partagé cette image de la grave réalité avec le monde.

Pour moi, la photographie représente les sombres tragédies de notre passé et les luttes auxquelles nous continuons de faire face. Mais l’arc-en-ciel et le soleil émergent symbolisent l’espoir pour lequel on a longtemps prié. Amber fait partie de cet espoir de réconciliation.

Hiy hiy Amber, pour votre contribution extraordinaire au photojournalisme, à la restauration de nos nations autochtones et à la réconciliation du Canada.

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