Condamner des personnages historiques comme Ryerson et John A. Macdonald ne doit pas nous détourner d’une véritable réconciliation

Avec la décision de se renommer l’Université métropolitaine de Toronto, l’ancienne Université Ryerson – connue brièvement sous le nom d'”Université X” – a tâtonné l’occasion d’utiliser la critique publique d’Egerton Ryerson comme une opportunité d’apprentissage, s’inclinant plutôt devant les protestations passionnées des militants qui croient que condamner une poignée de personnages historiques est une façon d’aborder des générations de discrimination et de paternalisme.

Attaquer la réputation de Ryerson, l’un des réformateurs de l’éducation les plus efficaces de l’histoire du Canada, nécessite une lecture étroite de sa carrière. Quoi qu’il en soit, il est maintenant lettre morte dans la vie publique canadienne, et les efforts pour effacer son nom des écoles, monuments et autres installations publiques se poursuivront sans aucun doute.

La cible numéro un au pays est maintenant le premier premier ministre du Canada, John A. Macdonald — comme Ryerson, pointé du doigt pour son rôle dans les pensionnats autochtones. Partout au pays, des statues en l’honneur de Macdonald ont été enlevées ou aspergées de peinture rouge, et les organismes publics ont des discussions sérieuses sur la suppression de son nom des écoles et autres installations.

Il n’y a rien de mal à appeler ou à réexaminer la mémoire publique des personnages historiques pour leurs actions. Cependant, lire l’histoire de manière réductrice, perdre de vue le contexte et mal interpréter la responsabilité personnelle ne nous aident pas à comprendre le passé.

En ce moment, pour une bonne raison, le pays se concentre sur une politique spécifique — les pensionnats — avec la conviction qu’en supprimant les hommages aux architectes du mouvement scolaire, nous pouvons tourner une page. Cette approche est sérieusement erronée.

L’éducation dans les pensionnats était horrible, ses effets négatifs sur plusieurs générations n’étant pas encore entièrement compris. Un système prétendument conçu pour offrir des opportunités personnelles aux étudiants autochtones a plutôt été utilisé pour attaquer les cultures autochtones, saper les langues séculaires, détruire les familles autochtones et assimiler les peuples autochtones. Faire face à l’impact à long terme des pensionnats est devenu à juste titre une priorité nationale.

Nous devons cependant nous rappeler que le concept des pensionnats n’a pas été imposé à une nation réticente par son gouvernement. Pratiquement tous les Canadiens non autochtones de cette époque, dirigés par les églises chrétiennes et soutenus par des défenseurs non autochtones des peuples autochtones, étaient en faveur des pensionnats. Pas plus tard que dans les années 1960 et 1970, de nombreux Canadiens non autochtones défendaient encore les écoles comme étant clairement une « bonne chose » et un signe de l’État bienveillant.

La plupart des Canadiens ne savaient pas — ou ne voulaient pas savoir — ce qui se passait dans les écoles. Ils ne s’attendaient ni n’approuvaient la violence et la brutalité, mais encourageaient les enseignants et les directeurs à saper la langue et la culture autochtones, estimant que c’était dans le meilleur intérêt des peuples autochtones.

Dans les efforts d’aujourd’hui pour attribuer la responsabilité des torts du passé, la tendance à se concentrer sur les individus – quel que soit leur rôle dans l’établissement des institutions – passe tout simplement à côté de l’essentiel. C’est le racisme et un sentiment national de supériorité culturelle qui ont soutenu toutes les actions agressives du Canada contre les peuples autochtones. Si le démantèlement d’une statue ou le changement de nom d’une école (ou d’une université) sert certains, cela détourne également l’attention de là où la responsabilité repose : la société dans son ensemble.

Critiquer les premiers promoteurs des pensionnats passe à côté de la cible historique.

Maintenant que le nom de Ryerson a été retiré d’un campus et que l’image de Macdonald est assaillie à travers le Canada, quelle sera la prochaine étape ? Il y a des milliers de cibles, y compris les dirigeants politiques, les représentants du gouvernement et de l’église et les partisans du public qui ont élargi le système des pensionnats, y compris son accélération rapide après la Seconde Guerre mondiale.

Considérons deux cibles potentielles, les dirigeants politiques de l’ère moderne qui ont adopté des idées simples d’impact potentiellement destructeur sur les peuples autochtones. Ils voulaient éliminer la Loi sur les Indiens et le statut d’Indien, démanteler les réserves, abandonner les traités et intégrer les peuples autochtones dans le courant dominant canadien. Leur objectif déclaré semblait honorable à certains – produire une « véritable » égalité entre tous les Canadiens – et il y avait eu des consultations, en quelque sorte, avec les groupes autochtones.

Le Livre blanc de 1969 a été l’une des initiatives politiques autochtones les plus agressives de l’histoire du Canada, conçue pour éliminer les barrières entre les peuples et surmonter des décennies de discrimination et de paternalisme d’État. La réponse des Premières nations a été féroce. Les dirigeants autochtones ont organisé des manifestations et ont demandé au gouvernement fédéral de revenir sur sa politique. Le gouvernement l’a fait, au grand désarroi de nombreux Canadiens non autochtones qui voulaient supprimer le « statut spécial » accordé aux peuples autochtones. Le mouvement contemporain des droits des Autochtones au Canada doit beaucoup à la réaction à cette stratégie mal conçue et assimilationniste.

Le premier ministre était Pierre Elliott Trudeau. Son ministre des Affaires indiennes et du Nord était le futur premier ministre Jean Chrétien. Ils étaient les architectes du Livre blanc de 1969. Trudeau croyait qu’« aucune société ne peut être construite sur des puissances historiques » et s’opposait aux négociations sur les revendications territoriales autochtones, aux traités modernes et au concept de réparation historique.

La « société juste » tant vantée du gouvernement Trudeau avait un angle mort en ce qui concerne les peuples autochtones. La préférence du gouvernement pour l’intervention de l’État et le paternalisme inhérent à la politique fédérale dans les années 1960 et 1970 ont sans doute accéléré le déclin de la langue et de la culture autochtones, favorisant une culture de dépendance à l’aide sociale dans les communautés autochtones.

Serait-il approprié que les détracteurs de la politique gouvernementale concentrent leur colère sur Trudeau et Chrétien, ce qui entraînerait davantage de destructions et de changements de noms de monuments ? Absolument pas; nous pouvons mieux utiliser notre temps et nos efforts. De plus, face à une colère indigène soutenue, le gouvernement libéral a reculé. Contrairement aux pensionnats, qui ont eu des effets majeurs sur plusieurs générations, le Livre blanc a fait ressortir les idées et les valeurs fondamentales du gouvernement de l’époque.

Le passé est un endroit compliqué. Il ne doit pas être réduit aux mèmes et aux messages des médias sociaux. Les leaders historiques sont des personnes, avec des faiblesses personnelles, vivant et reflétant leurs lieux et leurs époques. Les démocraties tiennent les dirigeants responsables pendant leur vie politique. Les historiens et le public déterminent leur héritage. Les attitudes envers les dirigeants et leurs actions changent avec le temps, comme le démontre le débat sur John A. Macdonald. Mais ces discussions sont à manier avec prudence.

La refonte fragmentaire et réactive de la nomenclature historique, aussi bien intentionnée soit-elle, produit des distorsions de l’histoire. Cela dit, le Canada a désespérément besoin de repenser les nombreuses personnes et événements que nous commémorons.

Les noms et les monuments ne doivent pas être fixés pour toujours. La Nouvelle-Zélande, désormais également connue sous le nom d’Aotearoa, et l’Australie se sont toutes deux aventurées dans cette voie, avec des réalisations considérables. Les Néo-Zélandais sont de plus en plus à l’aise avec les noms maoris et les références culturelles dans les affaires publiques ; Le Premier ministre australien nouvellement élu, Anthony Albanese, a été présenté sur une scène où le drapeau australien partageait une place de choix avec les drapeaux des peuples aborigènes et des insulaires du détroit de Torres.

Il y a tellement de choses à reconnaître et à célébrer dans les cultures autochtones que le Canada devrait passer à autre chose. Les peuples, les cultures et les connaissances autochtones doivent être mieux reconnus partout au Canada. Il en va de même pour les femmes, les groupes minoritaires et les événements mal ou inexactement représentés dans notre nomenclature historique. Un processus de changement de nom prudent au Canada pourrait en fait produire la réunion historique et culturelle la plus réfléchie et la plus complète de l’histoire du pays.

La réconciliation avec les peuples autochtones exige une réflexion réfléchie et engagée. Changer les noms des institutions et démolir des monuments pourrait en gratifier certains, mais il existe une meilleure solution. L’Université métropolitaine de Toronto ne fournira guère de cri de ralliement à une nation qui cherche une véritable guérison avec les peuples autochtones.

Si le Canada veut trouver un terrain d’entente avec les Premières Nations, les Métis et les Inuits, le pays doit inverser la perspective, commencer à voir l’histoire du point de vue des Autochtones et écouter respectueusement les aînés et les gardiens du savoir.

Ce bilan demandera plus que des attaques contre des personnages historiques. Le problème ne repose pas sur quelques individus, mais sur le profond sentiment de supériorité raciale qui a animé la politique publique pendant des générations, sous-tendant une série d’initiatives gouvernementales qui ont marginalisé et submergé les peuples autochtones. Malgré toute notre condamnation des décisions historiques qui sont maintenant considérées comme flagrantes et destructrices, les Canadiens restent largement inconscients du paternalisme et de la discrimination envers les peuples autochtones qui font partie de notre réalité nationale.

Le Canada est, selon les normes internationales, un pays remarquablement prospère, même s’il s’est construit en grande partie sur le déplacement et la domination des peuples des Premières nations, des Métis et des Inuits. Ils ont été sacrifiés dans l’intérêt de la nation, la plupart des peuples non autochtones croyant vraiment que l’assimilation et la domination culturelle étaient la seule voie légitime à suivre. Cette position, dangereusement et tragiquement erronée, a animé le gouvernement pendant un siècle et demi, pour être remplacée à notre époque par une approche plus évoluée mais toujours paternaliste des affaires autochtones.

Ce pays doit consacrer beaucoup d’efforts à l’amélioration des relations avec les communautés autochtones. Pour le bonheur collectif du Canada, les peuples autochtones demeurent ouverts à de telles discussions et à la reconstruction de la Confédération, malgré la destruction douloureuse du passé.

Nous pouvons faire bien plus qu’essayer d’éliminer la culpabilité historique en changeant quelques noms et en faisant couler de la peinture sur certaines statues. Au lieu de cela, le pays doit écouter attentivement les peuples des Premières Nations, métis et inuits et élaborer un programme politique inspiré des priorités autochtones, une profonde compréhension des impacts multigénérationnels du racisme et un véritable engagement envers une réconciliation durable.

Ken Coates est membre émérite de l’Institut Macdonald-Laurier et professeur et titulaire d’une chaire de recherche du Canada à l’Université de la Saskatchewan.

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